L’écologie et le soin de la Création ont été des thématiques présentes dans les discours et homélies du Pape Léon durant son voyage apostolique en France (25-28 septembre 2026), certes pas au premier plan ou de façon implicite, mais bien présentes. Au-delà des seules prises de parole du pape, les organisations chrétiennes et les institutions religieuses se sont emparées de cette question à l’occasion de cette visite. Église verte a même joué un petit rôle dans ce voyage (à retrouver plus bas !). Retour en quelques extraits ou évènements marquants :
Une mise en garde sur l’ambigüité du progrès technique à l’Élysée
Dans son discours d’ouverture à l’Élysée, le pape a notamment déclaré :
La question du respect de la dignité humaine et des droits et libertés fondamentaux qui dérivent de la nature humaine se pose à toute époque et doit accompagner les évolutions de la société et du progrès technique. En effet, « au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration significative des conditions de vie de l’humanité ; en même temps, chaque étape du progrès a également révélé la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien » (Magnifica humanitas, n. 4). Déjà en son temps, Georges Bernanos percevait le risque de voir l’obéissance aveugle et l’irresponsabilité devenir maîtres d’un « paradis des machines ». Il soulignait comment, pour leur échapper, la civilisation française avait, au contraire, travaillé pendant des siècles à former des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes. Pour cette raison, il m’est apparu indispensable d’aborder, dans ma première lettre encyclique, le thème de l’intelligence artificielle, afin de replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion. Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du« paradis de machines » qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon.
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A l’UNESCO, « cultiver la terre, c’est aussi cultiver l’humanité qui l’habite »
Le Pape a de nouveau mis en garde contre les technologies dites d’intelligence artificielle, en termes d’appauvrissement de la communication, a insisté sur le fait que des technologies d’agrégation d’informations, si évoluées soient-elles, ne remplacent pas le sens, « oxygène de l’esprit » et a appelé à préserver « la croissance, l’éducation, les relations, la liberté de penser et de discerner » des jeunes dans ce contexte. Il a ensuite explicitement parlé d’écologie, en utilisant ces mots dans son discours :
Chaque fois que nous rencontrons des obstacles à notre mission, rappelons-nous qu’il n’y a qu’une seule Terre pour tous et une nature humaine commune. On ne peut comprendre l’être humain en séparant ce qui est indissociable : le corps et l’âme, la vie personnelle et les relations, notre rapport aux autres et à l’environnement. Tout cela fait partie de l’unité de notre existence. C’est pourquoi cultiver la terre, c’est aussi cultiver l’humanité qui l’habite. L’éducation et la science sont appelées à cette tâche. En effet, ce n’est pas un hasard si chaque culture, selon l’étymologie même du mot, est un acte de culture. Je renouvelle donc l’appel de mes prédécesseurs à prendre soin ensemble de la personne humaine et de la création : le pape Benoît XVI a évoqué la nécessité d’une écologie de la personne humaine, tandis que le pape François a développé la perspective d’une écologie intégrale (cf. Benoît XVI, Discours au Bundestag, 22 septembre 2011 ; François, Lett. enc. Laudato si’, nn. 137–162).
La pierre de touche qui nous permet d’évaluer notre engagement est l’attention que nous portons aux plus petits et aux pauvres […]. Ils constituent le véritable critère de vérification de nos prétentions à respecter la dignité humaine, et leur protection et leur promotion s’étendent également à la création. À cela s’oppose une volonté d’exploiter et de piller, en tirant le maximum de chaque être vivant, en consommant sans préserver et en détruisant sans cultiver. Ainsi, la crise écologique actuelle est une crise anthropologique ; de plus, l’Église est convaincue que chaque culture porte en elle une sagesse qui mûrit au sein d’un écosystème de peuples. L’habitat de la personne humaine c’est la société – non pas un environnement purement physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un environnement moral et relationnel. Là où règne la paix sociale, les peuples s’épanouissent dans la justice.
Au Stade de France, Église verte sur scène !

Auprès des 80 000 jeunes présents au stade de France le vendredi 25 septembre, Léon XIV a d’abord répondu à 2 questions sur l’évangélisation et l’engagement, avant de commenter un passage de la lettre de Paul à Timothée. A la question sur l’anxiété et l’incertitude qui fragilisent l’enthousiasme de la jeunesse, il a répondu :
Ce sont là des sentiments très répandus en raison de la précarité des projets d’avenir, du caractère provisoire des liens affectifs et de la fragilité des relations. À ces sentiments s’en ajoutent d’autres, qui pèsent sur votre génération, comme par exemple la fatigue de l’écran et l’anxiété face aux changements climatiques ou à la situation économique et internationale. Oui, il faut prêter une oreille attentive à ces sentiments. Je vous invite tous, chers jeunes, à garder le cœur ouvert face aux souffrances de vos camarades.
Une vingtaine de jeunes était présente sur scène pour entourer le pape et donner à voir les nombreux visages de l’Église catholique, tant en termes de réalités vécues (catéchumènes, religieuses, jeunes handicapés…) que d’engagements (scoutisme, évangélisation, solidarité, santé… et écologie). Juliette Maupas, responsable du réseau ambassadeurs, a eu la chance de représenter Église verte sur la scène ! Un grand merci au père Philippe, coordinateur de la veillée, pour cette proposition.
Regards protestants, un média vidéo, lui a donné la parole pour revenir sur cette veillée :
A la Concorde, les textes du temps pour la Création choisis pour la messe
La visite du pape en France s’inscrivait dans le cadre du Temps pour la Création, célébré chaque année du 1er septembre au 4 octobre par les chrétiens du monde entier, alors que des marches pour le climat étaient prévus le jour même et que notre pays était durement frappé par la sécheresse, au terme d’un été caniculaire historique. Dans ce contexte, de nombreuses organisations chrétiennes ont appelé à faire le lien symbolique entre ces deux évènements, marches pour le climat & voyage du Pape.
Et alors tous les êtres vivants qui fourmillent vivront partout où pénétrera le torrent. Ainsi le poisson sera très abondant, car cette eau arrivera là et les eaux de la mer seront assainies : il y aura de la vie partout où pénétrera le torrent. […] Au bord du torrent, sur les deux rives, pousseront toutes espèces d’arbres fruitiers ; leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne s’épuiseront pas ; ils donneront chaque mois une nouvelle récolte, parce que l’eau du torrent sort du sanctuaire. Leurs fruits serviront de nourriture et leur feuillage de remède.
Cependant, le sujet n’a pas été évoqué explicitement dans l’homélie du pape, qui a privilégié une approche spirituelle des textes, même s’il a pointé le fait que les biens matériels et la possession d’objets ne comblaient pas la soif de notre cœur.
Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous « divertir » afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !
La liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide ?
A Metz, une prise de parole de l’UEPAL et des responsables de culte en France sur l’écologie
Si à Lourdes comme à Metz, le pape Léon lui-même n’a pas abordé le sujet de l’écologie, les responsables religieux présents l’ont évoqué. La présidente de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), la pasteure Isabelle Gerber, lui a remis un message dans lequel la démarche Église verte est mentionnée comme une collaboration œcuménique forte :
Catholiques et protestants ont fait route ensemble, passant du « conflit à la communion ». Les relations entre le Diocèse de Metz, le Diocèse de Strasbourg et l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine reposent sur la confiance et le dialogue. […] Nous affirmons sans détour que l’œcuménisme n’est pas une option. Tout ce qui peut se faire en commun doit être encouragé.
Ensemble, nous portons le souci d’une vie juste et bonne, au service du vivant, préservant la terre et ses habitants, dénonçant l’exploitation et prônant l’effort au profit du bien commun. L’initiative œcuménique française « Église verte » nous rassemble comme gardiens de la création que Dieu nous a confiée. C’est la quête de cette justice écologique et sociale qui garantit la paix.
Dans l’appel de Metz, les responsables de cultes en France (christianisme – les 3 co-présidents du CECEF, islam, judaïsme, bouddhisme) s’engagent à « plus de dialogue, de justice et de paix », en mentionnant l’écologie comme part intégrale de cet engagement. Extraits :
Depuis l’appel d’Assise, il y a quarante ans, le monde a profondément changé. […] les équilibres, notamment écologiques, de notre planète sont fragilisés et les transformations technologiques bouleversent nos sociétés, chamboulent nos valeurs universelles et fondamentales, et nos manières de vivre.
Ces bouleversements nous inquiètent, mais ils nous engagent plus encore. Dans un monde qui souffre et qui trop souvent se divise, nos traditions religieuses nous appellent à être des veilleurs, attentifs à la dignité de chacun et au soin de l’autre. Elles nous invitent à ne pas nous résigner à la violence, à l’injustice ou à l’indifférence, mais à agir ensemble au service de la paix, de la fraternité et de la réconciliation et « pour préserver l’humain dans ces transformations ».
[…] La paix […] ne peut être durable sans justice, sans respect de la dignité humaine, sans solidarité entre les peuples et les générations, ni sans une attention partagée à la préservation de notre maison commune.
Aller plus loin pour découvrir l’engagement écologique du pape Léon
Message du 1er septembre du pape Léon Messe « pro custodia creationis » promulguée par le Pape