Le 21 mars 2026 a eu lieu la Journée des groupes Église verte des Yvelines : un temps d’immersion pour Anne-Sophie, notre stagiaire communication, qui vous en livre un compte rendu personnel. Cet événement à l’échelle départementale (diocésaine), rassemblant catholiques, protestants et orthodoxes, avait pour vocation de favoriser la rencontre entre les groupes Église verte du département (21 communautés labellisées en ce moment). Elle était accueillie cette année par la paroisse catholique de Marly-le-Roi (niveau Lis des champs, engagée depuis 2019).
« Quand des communautés se rencontrent, l’espérance grandit. »

Pour beaucoup, il était encourageant de voir autant de personnes engagées pour le soin de la Création, issues d’horizons très divers. En interrogeant les participants, un besoin revenait souvent : « se sentir reliés et soutenus dans leurs démarches ». Sylvie, habitante de Marly-le-Roi, partage qu’Église verte représente pour elle « une possibilité d’engagement et de faire des actions concrètes ».
Tout au long de la journée, les retours allaient dans le sens d’une espérance renouvelée. Et les témoignages recueillis l’attestent :
« Laudato Si’ m’a vraiment fait faire d’énormes pas et derrière j’ai cherché un groupe en église pour le vivre : je me suis tournée vers Église verte. Au-delà des activités qu’on propose, c’est aussi un soutien mutuel au sein du groupe. » Anne-Sophie, ambassadrice Église verte pour les Yvelines
« Église verte, ça représente une sensibilité plus grande et plus importante aux biens communs et à la doctrine sociale de l’église : être plus attentif et essayer de plus partager avec les autres. » Suzanne, participante
Écouter les clameurs de la Terre et des pauvres
La journée a débuté, après un temps de prière, par l’intervention de Sœur Hélène Noisette, auxiliatrice, ingénieure agronome, titulaire d’une licence canonique en théologie morale et pratique (Facultés Loyola Paris), et co-responsable du domaine d’éthique sociale et environnementale au sein de ces mêmes facultés. Sa conférence portait sur le thème : « Clameurs de la terre, clameurs des pauvres – une approche biblique et spirituelle » (enregistrement vidéo disponible).
Elle a abordé en premier lieu « la clameur des pauvres », en s’appuyant sur le livre du Siracide : « Quand un pauvre prie, le Seigneur l’entend » (Si 21,5). Dans mes notes, j’avais d’ailleurs écrit : « La clameur des pauvres monte vers Dieu », ce qui résume bien l’idée centrale : dans la Bible, le cri du pauvre n’est jamais ignoré. Sœur Hélène a montré que ce cri est intimement lié à celui de la Terre, et que les deux ne peuvent être dissociés. L’écologie et la pauvreté ne sont pas deux sujets séparés : ils sont intrinsèquement liés, comme le rappelle toute la tradition biblique.
Pour illustrer cela, elle a présenté un panorama des textes prophétiques. Elle a notamment cité le prophète Amos, qui dénonce avec force les injustices sociales : « Ils vendent le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales ; ils écrasent la tête des faibles dans la poussière et violent le droit des humbles » (Am 2,6‑7). Ou encore : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles… couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans… mais qui ne se tourmentent pas du désastre de Joseph » (Am 6,1.4‑6).
À travers ces textes, elle a montré que la justice sociale occupe une place centrale dans la Bible, et que les prophètes rappellent sans cesse que la richesse construite sur l’exploitation des faibles est incompatible avec l’Alliance.

Redécouvrir nos limites et notre juste place
Dans une deuxième partie, Sœur Hélène a abordé la racine de ces maux : l’idolâtrie. Elle s’est appuyée sur l’épisode du veau d’or (Ex 32,1‑35), où le peuple, impatient, se fabrique une idole à son image. Elle a également cité Evangelii Gaudium : « Une économie de l’exclusion et de l’inégalité… cette économie tue » (EG 53), et plus précisément les numéros 55‑56, où le pape François dénonce une économie qui réduit la nature à un simple « réservoir de ressources ». Elle a aussi évoqué Leonardo Boff, théologien de la libération : « Pour l’économie basée sur la croissance, la nature est perçue comme un simple réservoir de ressources naturelles en fonction du but productif » (La Terre en devenir, 1994, p. 54).
Face à cette idolâtrie, elle a présenté l’antidote biblique : le sabbat. En s’appuyant sur Exode 20,9‑11, Deutéronome 5,12‑14, Genèse 2,2‑3 et Sagesse 11,21‑27, elle a montré que le sabbat est une invitation à reconnaître nos limites, à renoncer à la toute‑puissance et à laisser la création respirer. Elle a rappelé les lois de limitation présentes dans le Pentateuque, comme le repos de la terre : « Pendant six ans tu ensemenceras ta terre… mais la septième année, tu la laisseras en repos » (Ex 23,10‑11). Cette thématique du sabbat a nourri la réflexion du groupe. Parmi les éléments partagés revenait l’idée que le sabbat nous apprend à accepter la limite, non comme une contrainte, mais comme une condition de justice. Cela passe par des gestes très concrets : poser des limites à son travail, à son rythme de vie, à son rapport à la performance. Refuser de reconnaître que nous sommes des créatures limitées revient à nier notre juste place dans la création.
Elle a également cité Laudato Si’ : « Le sabbat est fait pour l’homme… il restaure l’harmonie de toutes les relations » (LS 237). Ou encore « La négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin… détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre » (LS 70).
Enfin, dans une troisième grande partie, elle a développé l’idée suivante : « À l’écoute de ces clameurs, réapprendre à dépendre ». Car en effet, lorsque les crises écologiques ont lieu, elles nous font prendre conscience que la terre n’est pas inerte (ce que nous faisons l’impacte et lorsqu’elle réagit, nous en sommes impactés). En s’appuyant sur Laudato Si’, Hélène Noisette a rappelé que « nous sommes inclus dans la nature, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle » (LS 139). Cette dépendance n’est pas une faiblesse, mais une manière juste d’habiter la création.
Un atelier pour réfléchir ensemble

Après le repas, lors de l’atelier Odyssée écologie et pauvreté, créé par le Secours catholique en janvier 2026, nous avons été répartis en petits groupes pour réfléchir ensemble aux enjeux écologiques et aux crises environnementales. Ce format très participatif a vraiment permis de croiser nos regards, de partager nos expériences et de comprendre à quel point ces sujets touchent nos vies quotidiennes.
L’un des moments qui m’a le plus marquée a été la découverte du triangle de l’inaction, qui met en lumière les liens et parfois les blocages entre citoyens, entreprises et gouvernement. Je ne connaissais pas du tout ce concept, et il m’a ouvert les yeux sur la manière dont chacun peut agir, même à son échelle. C’était à la fois formateur et motivant.

« J’ai réalisé que, même si on se sent parfois impuissants, nos petites actions comptent vraiment quand elles s’inscrivent dans un mouvement collectif. » Témoignage d’une participante
Cette journée a été un vrai moment de partage, simple et profond à la fois. J’en repars enrichie, inspirée, et avec l’envie de continuer à agir, même modestement. Je laisserai ici quelques photos qui parlent d’elles‑mêmes : elles montrent à quel point l’ambiance était belle, vivante et pleine d’espérance.


Anne-Sophie
Pour aller plus loin :
Retour du diocèse des Yvelines sur la journée : Lire l’article
Conférence d’Hélène Noisette : Enregistrement vidéo
Odyssée Secours Catholique : En savoir plus