Mylène Peronet, membre de I’Église adventiste de Neuilly-sur-Seine et représentante de I’Union franco-belge au sein de la Commission Écologie et Justice Climatique de la Fédération protestante de France, partage sa vision d’une écologie chrétienne engagé. Elle nous dévoile comment sa conviction adventiste nourrit son action pour la protection de l’environnement et inspire une nouvelle forme d’évangélisation.
David Milard (DM) : Mylène, peux-tu nous parler de ton parcours spirituel ?
Mylène Peronet (MP) : J’ai grandi dans l’Église adventiste en Martinique et me suis fait baptiser a 13 ans lors d’une campagne d’évangélisation. Ce choix précoce a été déterminant pour moi. Bien que j’ai connu des moments de doute et de
questionnement par la suite, je suis reconnaissante pour l’éducation chrétienne que j’ai reçue. Elle a forgé ma façon de vivre et d’être. Pour moi, être adventiste n’est pas qu’une étiquette, c’est un mode de vie qui définit mon fonctionnement quotidien.
D.M. : Comment en es-tu venue a représenter l’Union franco-belge au sein de la Commission Écologie et Justice Climatique ?
M.P. : Je suis ingénieure en environnement de formation. Pendant longtemps, j’ai dissocié ma vie professionnelle de ma vie spirituelle. C’est en assistant a un colloque sur le chrétien et l’écologie que j’ai réalisé le lien profond entre ma foi et mon engagement pour l’environnement. Cela m’a rendue fière de voir que mes convictions religieuses s’accordaient avec mon travail. Quand il a fallu nommer un représentant pour la Commission, mon profil correspondait naturellement.
M.P. : J’ai plutôt constaté une vision paradoxale au sein de notre Église. D’un côté, certains pensent qu’il est inutile de protéger la Terre puisque Jésus va revenir. De l’autre, nous sommes appelés a être des gardiens de la création, a observer le sabbat, à avoir une vie saine – autant de principes en phase avec la protection de l’environnement. La science confirme souvent ce que dit la Bible. Par exemple, le concept biblique de jachère est aujourd’hui reconnu comme bénéfique pour l’agriculture durable.
D.M. : Comment vois-tu la collaboration avec d’autres confessions au sein de la Commission ?
M.P. : Je n’ai pas rencontré de difficultés. Au sein de la Commission, nous ne sommes pas là pour débattre de nos différences théologiques, mais pour travailler ensemble sur la façon dont les chrétiens peuvent sensibiliser leurs communautés aux enjeux environnementaux. C’est une approche très pragmatique de l’engagement chrétien dans la société.
D.M. : Peux-tu nous parler du label « Église verte » ?
M.P. : C’est un label proposé aux églises et institutions chrétiennes qui s’engagent dans une démarche de protection de l’environnement. Il repose sur un autodiagnostic couvrant différents aspects : enseignement biblique, vie quotidienne, numérique, santé, modes de déplacement. Chaque communauté définit ses actions et progresse d’année en année. A Neuilly, nous sommes engagés dans cette démarche depuis 2019 et avons atteint le niveau « Figuier », l’avant-dernier palier.
D.M. : L’écologie est-elle selon toi un phénomène de mode ?
M.P. : Je ne pense pas. On en parle beaucoup dans les médias, mais les préoccupations environnementales ne sont pas nouvelles. Elles existaient déjà dans les années 70. Ce qui a changé, c’est la prise de conscience générale. Pour moi, en tant qu’adventiste, I’écologie s’inscrit naturellement dans le concept de gestion chrétienne de la vie (GCV). Cela me conforte dans mon discours et facilite mes échanges avec les non-croyants sur ces sujets.
D.M. : Comment conseilles-tu aux chrétiens de concilier foi et engagement écologique ?
M.P. : Je leur dirais de ne pas essayer de séparer leur vie spirituelle de leur vie écologique. Nous avons été créés de la terre, si la terre est malade, notre corps le sera aussi. Tout comme le repos du sabbat nous parait normal en tant que chrétiens, notre engagement écologique devrait faire partie intégrante de notre vie de foi. Cela influence ma façon de consommer, de me comporter envers mon prochain. C’est une déclinaison a la fois écologique et solidaire de ma foi.
M.P. : Je les encouragerais a s’engager dans la démarche « Église verte ». C’est une excellente façon de mettre en pratique nos valeurs adventistes au quotidien : dans nos achats, nos pratiques de solidarité, nos activités de jeunesse… C’est revenir a des fondamentaux que nous avons parfois oubliés et qui font notre force, Cela peut aussi être une porte d’entrée pour parler de Jésus aux non-croyants.
D.M. : Quel message d’espérance adresserais-tu aux jeunes inquiets face a la crise écologique ?
M.P.: Je comprends leur inquiétude, qui vient souvent d’un sentiment de ne pas être entendus. Je les encouragerais à commencer par des petites actions a leur échelle, avec leurs proches. Comme Greta Thunberg qui a débuté seule et est
devenue un phénomène mondial, chaque geste compte. Il ne faut pas se décourager si on n’obtient pas immédiatement des changements à grande échelle. L’important est d’agir, de semer, et de faire confiance à l’action du Saint-Esprit.
D.M. : Un dernier mot pour conclure ?
M.P. : N’oublions pas que dans la mission que Dieu nous a confiée, il y avait aussi « protéger la Terre » (Gn 2,15). On pense souvent à « faire de toutes les nations des disciples », mais je crois qu’il faut aussi être des disciples qui protègent la Terre que Dieu nous a confiée, jusqu’à ce qu’ll revienne.
Article de la Revue adventiste, septembre 2024 – Propos reccueillis par David Milard, rédacteur en chef
Aller plus loin :
Le n° complet « Écologie & Foi » L’historique Église verte à Neuilly