Église verte

Le 24 mars 2026, l’Institut Catholique de Paris (Faculté de droit canonique) a accueilli une journée d’études portant sur le thème : « Écologie et pauvreté en vie consacrée », réunissant de nombreux instituts religieux et sociétés de vie apostolique. Cette rencontre a permis d’explorer les liens profonds entre justice sociale, écologie intégrale et vie consacrée, dans la continuité de la Doctrine sociale de l’Église catholique. Anne-Sophie, notre stagiaire communication, nous rend compte de la richesse des interventions dans cet article.

Des interventions riches et complémentaires

La journée a rassemblé plusieurs intervenants : p. Pierre‑Yves Pecqueux (eudiste), sœur Bénédicte Portier, p. Grégoire Catta (sj), p. Dominique Greiner (aa), Jean‑Baptiste de Franssu, Elena Lasida, Alexis Guerit et sœur Hélène Versavel (ssfa). Ensemble, ils ont proposé un parcours articulé autour de conférences thématiques : « Un monde où toute chose est consacrée », « Notion canonique de pauvreté en vie consacrée », « Option préférentielle pour les pauvres et pour la terre », « L’économie au service de l’écologie intégrale », « Enjeux et défis pour la vie consacrée », « Placements éthiques », « Pauvreté de la terre et pauvreté humaine : un seul et même cri ? » et enfin « Engager sa communauté pour le soin de la Création ».

L’option préférentielle pour les pauvres, cœur du message

L’un des fils conducteurs de la journée fut l’option préférentielle pour les pauvres, principe majeur de la Doctrine sociale de l’Église, approfondi par l’Église latino‑américaine et réaffirmé par le pape François. L’encyclique Evangeli Gaudium  montre l’aspect théologique de ce principe :

« Pour l’Église, l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. Dieu leur accorde « sa première miséricorde ». Cette préférence divine a des conséquences dans la vie de foi de tous les chrétiens, appelés à avoir « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5). Inspirée par elle, l’Église a fait une option pour les pauvres, entendue comme une « forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l’Église » (EG 198).

Les intervenants ont montré comment cette option s’élargit aujourd’hui à la Terre elle‑même, tant les crises sociale et écologique sont liées : « Nous ne faisons pas face à deux crises séparées, mais à une seule et complexe crise socio‑environnementale » (Laudato Si’, 139). Cette perspective invite la vie consacrée à renouveler son regard sur la pauvreté : pauvreté matérielle, pauvreté spirituelle, mais aussi pauvreté vécue en solidarité, dans le cadre des vœux religieux.

« Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis. » (2 Co 8,9)

Plusieurs interventions ont souligné la nécessité de repenser nos modes de vie, nos usages économiques et notre rapport aux biens, dans un contexte marqué par le consumérisme et la « culture du déchet » (LS 22). L’économie a été présentée non comme une réalité extérieure à la mission d’évangélisation, mais comme un instrument au service de l’écologie intégrale, capable de soutenir des choix éthiques, des investissements responsables et une gestion cohérente avec l’Évangile. Le rappel que les institutions catholiques détiennent près de 2 000 milliards d’euros d’actifs dans le monde a mis en lumière la responsabilité particulière de l’Église dans ce domaine.

Reconnaître la fragilité du vivant

La réflexion s’est également élargie à la pauvreté de la Terre, notion qui invite à reconnaître la fragilité des vivants : humains et non humains et à considérer la pauvreté non seulement comme un problème, mais aussi comme un savoir, une manière de comprendre le monde à partir de l’expérience des plus vulnérables. Comme l’a rappelé un intervenant : « Les pauvres nous apprennent à voir autrement ».

Parmi les phrases marquantes de la journée, celle-ci a particulièrement résonné en moi : « La vraie liberté, ce n’est pas l’indépendance mais l’interdépendance. » Elle résume l’esprit de l’écologie intégrale : reconnaître que nous sommes liés les uns aux autres, à Dieu et à la création. Comme nous le rappelle Laudato Si, il s’agit de « laisser jaillir toutes les conséquences de notre rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui [nous] entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne » (LS 217).

Un appel à vivre pleinement la mission

Enfin, la présentation d’Église verte a permis de rappeler les outils concrets mis à disposition des communautés religieuses : éco-diagnostics, accompagnement, ressources liturgiques et pédagogiques, ainsi que les déclinaisons du label pour les congrégations/communautés apostoliques et autres réalités ecclésiales. L’association, créée à l’initiative des Églises chrétiennes (la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et le Conseil d’Églises chrétiennes en France), encourage une démarche progressive et communautaire de conversion écologique.

Cette journée a offert aux participants un espace de réflexion, de discernement et d’espérance, invitant la vie consacrée à vivre plus pleinement sa mission dans un monde où le cri des pauvres et le cri de la terre ne font qu’un.


Voir aussi sur le thème des communautés religieuses :

  • Les sœurs orthodoxes de Solan, formatrices en maraîchage agro-écologique : Article
  • La démarche Église verte de Taizé : Article
  • La démarche Église verte des Religieuses Trinitaires de Cerfroid : Article
  • La démarche Église verte du prieuré Saint Benoît d’Etiolles : Vidéo

L’intervention (2022) de Dominique Lang « Écologie & vœux religieux » ci-dessous :

 

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