Le 20 mars 2026, l’équipe Église verte de la paroisse ND des Neiges à Marseille a accueilli une conférence de Pierre DALLAPORTA, architecte et ingénieur : « L’éco-rénovation dans le diocèse ». Une présentation riche, pleine de projets concrets très détaillés, avec un aspect sensoriel, qui s’est terminée par un verre de l’amitié avec la vingtaine de participants.
Introduction
Le patrimoine du diocèse de Marseille est l’un des plus conséquent en France, avec une cinquantaine d’églises (re)construites après 1905, pour une centaine d’églises « communales » – qui ne sont donc pas à sa charge sur le plan de l’entretien / gestion. La superficie avoisine les 115 000 m2 gérés par les communes, contre 100 000 m2 de bâti intérieur pour le diocèse (dont 11 000 m2 de salle paroissiale, 17 000 m2 en location, 40 000 m2 d’églises), 21 écoles et des bâtiments en baux emphytéotiques (Arche…).
La démarche d’éco-rénovation implique de suivre la hiérarchie des 5R dans la réduction de la production de déchets : Refuser, Réduire, Ré-utiliser (Réparer), Recycler, Retour à la Terre. L’utilisation de matériaux bio-sourcés à bon escient selon leurs caractéristiques, l’usage du bâtiment et son histoire font également partie de la charte, très inspirée par l’encyclique Laudato Si’.
De nombreux exemples
Le conférencier expose divers sites et photos d’évolution de différents chantiers, afin de donner un aperçu de la richesse du patrimoine et les possibilités de rénovation écologique. La « base » de ce travail consiste dans le recensement des matériaux présents dans les paroisses ou disponibles dans les environs au cours des travaux d’entreprises (ou des collectivités), pour les récupérer avant leur envoi possible en déchetterie.
Par exemple :
- de nombreux blocs de pierre extraits pour Euromed (note : un quartier d’affaires de Marseille) au cours des travaux de démolition ont pu être récupérés à bas coût par le diocèse ;
- l’intérieur des tatamis dans une salle de sport (judo) étant constitué de paille de riz, un ré emploi en isolant est tout à fait pertinent ;
- la déconstruction sélective de plancher massif, pour séparer les matériaux, parquet… ; la brique concassée pouvant servir de gravier !
- une récupération de brique pleine, de tuile, de mallon de couvert (pouvant servir de nouveau comme « carrelage », après vérification / remise en état, dans d’ancienne bâtisse rénovée tout en gardant les bons matériaux encore « apte au service »), de tommette… ;
- avec des bouteilles en verre recyclé, il est possible d’obtenir un type « d’hérisson », qui placé sous le bâtiment permet d’éviter à l’eau de remonter.
Un organisme d’état, ECOMINERO, permet d’avoir des subventions, cartographie des matériaux disponibles ou à venir, mise en relation avec les industriels… Le diocèse dispose également de 2 sites pour entreposer ce type de matériaux, selon les projets en cours ou à venir (dont un aux Chutes Lavie).
La paroisse de l’Immaculée Conception :
Il s’agit d’un ensemble constitué d’une église nécessitant des restaurations et, de l’autre côté de la rue, d’un petit « théâtre », puis une bastide bien abimée avec très peu de résidents. La direction prise est de s’assurer de l’utilité finale/confirmer la réponse à des besoins, avant de rénover, valoriser, louer par le diocèse (pour assurer des sources de revenu ultérieur), plutôt que de revendre un bâtiment vacant et déprécié. L’investissement pour retrouver des finances pérennes et entretenir le patrimoine engendre un déficit entre 1,5 et 1,8 millions d’euros.
Au niveau du petit théâtre, la restauration a permis de créer un plancher intermédiaire pour faire des duplex. L’extérieur a été refait et ré-enduit avec du chaux-chanvre (local), permettant de capter 4 fois son poids en eau :
- l’été, ce matériau restitue de la fraîcheur ;
- l’hiver, il fait office de bon isolant également en captant plus l’humidité.
La paroisse de Sainte Marthe :
La création d’un bassin de rétention était imposée par le PLU, nécessitant de creuser une cavité (sous un sol désimperméabilisé), afin de contrer le ruissellement d’eau de pluie.
Cela a généré pour des volontaires/bénévoles un atelier de création de brique en terre crue, brique très compactée avec une « simple » presse (qui a sensiblement les mêmes caractéristiques qu’en terre cuite, l’énergie de chauffage en moins, avec pour seule précaution d’abriter le mur de la pluie par une toiture adaptée). De plus, des étudiants architectes et des écoliers ont pu réaliser un mur en pierre sèche.
Le bois-paille a aussi été utilisé pour certaines façades : façade en ossature bois (très bon isolant au feu, 1mm par demi-heure selon le bois utilisé, donc résistance supérieure au métal), avec remplissage en paille condensée à l’intérieur (isolant naturel).
La paroisse Saint-Philippe (rue Breteuil / rue Jules Moulet) :
Un terrain et un petit bâtiment (< 2 étages) paroissial, sont entourés de 2 immeubles de 7 ou 8 étages. Du fait de la demande de logements dans le quartier, le projet diocésain consiste à construire un bâtiment de même taille pour la construction de logement, une part de salle paroissiale, voire un usage avec l’aide sociale à l’enfance/crèche… tout en gardant le terrain derrière.
Pour les jardins de l’évêché, où certains murets, restanques menacent de s’effondrer sur les 13 parcelles quelques mètres en contre bas : utilisation de pierre sèche (borie de Provence), qui a son origine dans leurs extractions faites par les agriculteurs pour les plantations et constitution de délimitation de parcelle puis d’ouvrage de soutènement. Là, les pierres sèches proviennent majoritairement des chantiers d’Euromed.
Approche par systèmes : une chasse aux équipements complexes est également menée, avec une vision à moyen terme. Par exemple les calculs thermiques et études prospectives entre 2017-2050* poussent à éviter la pose de climatisation au profit de brassage d’air. Outre le besoin en énergie supérieur, le refroidissement intérieur par clim se fait au prix d’un réchauffement accru à l’extérieur (rendant les rues encore plus chaudes de quelques degrés), il est donc à éviter.
*Ces études ont été menées par le bureau d’études environnement « Inddigo », soulignant deux aspects :
- être vertueux dans les rénovations / terrain pour anticiper les évolutions ;
- définir une trajectoire pour s’adapter à de telles évolutions possibles – cf. https://www.inddigo.com/references/marseille-sadapte-au-changement-climatique/ .
Une approche ludique
Afin d’être dans le concret, le conférencier nous a fait la surprise d’apporter certains matériaux pour les voir et les toucher (dont certains pour la première fois) de près : laine de bois, briques en terre compactée + en terre cuite, mallon, verre recyclé (aspect léger et avec des cavités)…
Nous souhaitons féliciter M Pierre DALLAPORTA pour la qualité de sa présentation, apport de moults matériaux pour nous les faire découvrir et appréhender (vision / toucher), son dynamisme et orientations pour le patrimoine du diocèse, ancré sur une charte dans la droite lignée de l’encyclique Laudato Si’. Nous le remercions chaleureusement de nous avoir réservé de son temps.
Compte rendu établi par Emmanuel Font
Aller plus loin :
Le service diocésain Bâtiments & Travaux