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Église verte

Du vélo à un nouveau style de vie : le vélo comme prédication de l’écologie intégrale

Cet été, nous vous proposons une série de 6 articles pour vous faire découvrir le témoignage du père Laurent Blourdier, curé en rural dans le diocèse d’Angers (Saumur puis Mauges). Une panne inattendue de voiture a complètement transformé sa façon de se déplacer et son action pastorale. Il a accepté que nous republiions son témoignage, rédigé initialement à l’automne 2025 comme mémoire pour le DIU Écologie Intégrale des Facultés Loyola, dont nous sommes partenaires. Un grand merci à lui et bonne lecture à vous !

Lire le premier article


Le vélo comme interpellation, le vélo comme prédication !

Les illustrations sont de Yann Le Goaëc. Le contacter : yann-legoaec-illus@wanadoo.fr

L’empreinte carbone d’un Français s’élève en moyenne à 8 tonnes de CO2 pour l’année 2022. Selon l’objectif fixé par l’accord de Paris à la COP de 2015, pour limiter le réchauffement climatique à + 1,5 °C, chaque personne doit réduire son empreinte à 2 tonnes de CO₂ par an d’ici 2050. Soit approximativement diviser par quatre son empreinte carbone. Il y a d’autres postes d’empreinte carbone… Nous sommes bien loin de réduire par quatre.

Permettez-moi ici d’appuyer sur ceci : cette expérience de vélo et ses conséquences pourraient bien nous rattraper… Elle est peut-être juste annonciatrice. Il y a beaucoup de gens qui bougent sur ce point. Encore une fois, cette expérience sera peut-être la norme de ce qu’il faudrait faire. Nous y allons de toute façon. À charge pour nous de l’assumer avec détermination. D’ailleurs comme moi, j’ai été déterminé.

Ce changement, s’il ne se fait pas de manière décidée, sera subi. Cela occasionnera une grande violence pour chacun dans son mode de vie. Disons-le clairement, nous ne faisons pas assez. Nous comme société française, nous comme habitants du Maine-et-Loire, nous comme diocèse, nous comme paroisse. Je me permets ici d’être un peu plus vulgaire, ce qui ne convaincra d’ailleurs pas plus : dans quelques années, « cela va nous péter à la gueule, cette violence » !

Mais tout est encore possible car un certain nombre d’acteurs se remuent, acteurs citoyens, acteurs chrétiens. Je le répète, le mouvement est pris, le changement, grâce à certains, est pris. Mais pas au niveau de « diviser par quatre ». Ce n’est pas assez ! C’est de tout le monde, les citoyens (enfants, jeunes et adultes) et chrétiens, que doit venir la prise de conscience. Le virage est un tout petit peu pris par les prêtres. Et le Saint-Esprit souffle par eux ! Et le Saint-Esprit souffle ! Et nous nous battrons !

Le pape François écrit à ce propos, dans Laudato Si’ (n° 205) :

Cependant, tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté. Il n’y a pas de systèmes qui annulent complètement l’ouverture au bien, à la vérité et à la beauté, ni la capacité de réaction que Dieu continue d’encourager du plus profond des coeurs humains. Je demande à chaque personne de ce monde de ne pas oublier sa dignité que nul n’a le droit de lui enlever.

Les gens en précarité et leur mobilité

J’ai rencontré des gens en précarité qui sont aussi à vélo, en bus toute l’année. Eux, cela ne les étonne pas. « T’es comme moi », m’a dit l’un d’eux. Cela me rappelle les paroles du père Chevrier : « être en compagnie des pauvres, chercher à être comme eux ». Il écrit dans la Constitution du Prado (n° 44) : « Comme Jésus et avec Jésus à l’annonce du Royaume aux pauvres, nous choisirons de préférence la compagnie des pauvres… Nous prendrons autant que possible le genre de vie des pauvres. »

Sur la question de la mobilité, je n’avais pas trop réfléchi à cela avant. Encore une fois, c’est l’évènement qui m’a mis en route. En fait, je me rapproche des styles de vie des personnes en précarité. Et cela m’aide à mieux les comprendre.

Je ne peux plus dire à une personne demandant un service : « Je passerai te prendre pour t’emmener là-bas. » Si souvent je l’ai fait dans la vie, là ce n’est vraiment plus possible. Qu’est-ce que cela produit ? Je me retrouve un peu au même niveau que les personnes en précarité sur le point de la mobilité. Il est vrai que pour aller voir des amis et la famille, je dois calculer… parfois même renoncer. Je vois bien que je dépends des horaires des trains, si train il y a dans certaines communes, et parfois cela ne colle pas. Je me suis rappelé les situations de certains habitants du quartier populaire de Monplaisir. Ils n’allaient pas à la campagne du tout car il y a très peu de bus pour y aller le dimanche. Donc leur horizon restait celui de la ville, des rues, presque un horizon « cassé » par les immeubles. De même l’horizon du haut, je veux dire vers le ciel, la nuit : les étoiles étaient moins visibles avec les lumières des réverbères. Cela tend à changer avec l’extinction des feux la nuit : même à Saumur, on peut regarder les étoiles, la nuit.

Reconnexion avec la « nature »

Cette nature que nous appelons Création, chez les croyants. En faisant du vélo, je sens plus le froid, l’air, les odeurs. J’entends plus les chants des oiseaux. J’aperçois d’autres animaux, des fleurs et des arbres, la Loire et ses couleurs, des détails de la route et aussi des maisons, des jardins… Aussi, c’est possible de saluer des gens, voire de s’arrêter pour discuter.

Je dois rapporter là des moments de joie intense. Lorsque je rentre d’une activité pastorale la nuit, sur certains passages, à certains moments (merci, sœur Eau et frères Nuages, de passer votre chemin ces soirs-là), je pédale dans les étoiles ; je pédale bien sur terre, sous la voûte céleste, mais j’ai l’impression de pédaler dans les étoiles, dans le ciel. Je suis désolé pour ceux qui n’éprouvent pas cela, mais c’est une sensation magique. Parfois même, lorsqu’il n’y a pas de voitures (chut, les enfants !), je coupe ma lumière et là, je me tape un de ces voyages célestes ! Wouah ! Je vais en parler à Elon Musk pour qu’il découvre ces plaisirs tout simples.

Et puis il y a sœur Lune. Permettez-moi ici de rapporter une histoire de saint Jean Bosco qui m’a été donnée. Là, dans ces moments de contemplation, elle jaillit souvent :

En 1858, Don Bosco voulut récompenser ses jeunes et il les conduisit pendant quelques jours à Murialdo, dans l’arrière-pays du Montferrat. Michel Magon fut l’un d’entre eux. Il ne savait pas que ce seraient ses dernières vacances. Il mourra peu de temps après. Les nuits calmes et étoilées faisaient comprendre à Michel l’immensité de Dieu et l’ordre parfait qui règne dans les espaces sidéraux. Don Bosco le trouve un soir dans un coin sombre à genoux ; il regardait le ciel et pleurait :
– Qu’as-tu, Michel ?
– Rien, Don Bosco, je pleure en regardant la lune, qui depuis des millions d’années reste fidèle au rôle voulu par Dieu, tandis que moi, tant de fois, je lui désobéis.
La fin de 1858 arriva. En cette dernière journée de l’année, Don Bosco recommande à tous de commencer et de vivre la nouvelle année la conscience en accord avec Dieu, d’autant plus « que, peut-être, pour quelqu’un d’entre vous, ce sera la dernière ». Tandis qu’il prononçait ces paroles, la main de Don Bosco s’était posée sur la tête de Michel. Celui-ci pensa : « Cet avis n’est-il pas pour moi ? » Mais il n’en fut pas épouvanté. Il dit simplement : « Je me tiendrai prêt. » Quinze jours plus tard, Michel assistait à une réunion d’un groupe de jeunes et voici que le responsable habituel se mit à passer avec une petite boîte remplie de billets sur lesquels étaient inscrites de bonnes œuvres à faire ou des phrases à méditer au cours de la semaine. Chacun prenait un billet. Michel prit le sien : « Au jugement je serai seul face à Dieu. » Il resta songeur : c’était le deuxième avis. Don Bosco ayant appris la chose le rassura, mais ajouta dans un sourire : « Si tu devais faire une visite à Marie, resterais-tu effrayé ? »

En regardant la lune le soir, cette histoire donne à méditer, non ? J’avais raconté cette histoire à mon père spirituel, scientifique et contemplatif. Il avait enrichi en disant : « Le soir, quand je vois la lune, il m’arrive de dire : bravo la lune, tu es encore là ! ». Vous comprenez que, les soirs où il fait beau, entre la balade céleste et la contemplation de sœur Lune la fidèle, quand des gens me proposent de me ramener, je souris intérieurement.

Découvrez la suite la semaine prochaine !

Fiche pratique déplacements    Témoignage de l’église évangélique libre d’Alésia

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