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Église verte

Du vélo à un nouveau style de vie : le vélo comme prédication de l’écologie intégrale

Découvrez le 4e épisode du témoignage du père Laurent Blourdier, curé en rural dans le diocèse d’Angers (Saumur puis Mauges) : une panne inattendue de voiture a complètement transformé sa façon de se déplacer et son action pastorale.

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Ce que cela a produit encore en moi

Finalement, je me rends compte qu’un nouveau style de vie naît en moi.

À pied, à vélo, en train, en voiture épisodiquement (emprunt, BlaBlaCar, auto-stop) : j’ai plus le temps de réfléchir, de relire les rencontres, de prier, de louer Dieu. Parfois, rien ne se passe sur le vélo sinon du sport et de la sueur. Dans le train, de belles rencontres parfois (même si les gens sont complètement « écranisés »… les wagons et les gares sont muets). Me reviennent à la mémoire ces beaux moments, sous la voûte céleste, en train de pédaler dans le noir… « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ta Création », chantait saint François d’Assise.

Les illustrations sont de Yann Le Goaëc. Le contacter : yann-legoaec-illus@wanadoo.fr

Voilà ce qui est né : un nouveau style de vie. Je suis moins stressé. Je pense moins qu’il y a qu’une seule façon de faire. Cela est induit par la multiplicité des modes de transport, en partie.

Cela m’oblige à penser à des plans B, voire C. Dans l’article de journal, le titre était « Père Laurent, un curé écolo qui ne se déplace qu’à vélo » (cf. Courrier de l’Ouest du 21 octobre 2022). En fait, le titre est trop réducteur. Cela m’a ouvert à d’autres modes de transport.

Et en avion ? Gloups, nouvelle question. Pas depuis quatre ans et demi, en tout cas. Je réfléchis à ma fréquence. Surtout que j’ai un couple d’amis très chers vivant au Maroc. J’aimerais bien les visiter, mais alors comment faire ?

Dans le passé aussi, j’ai visité des pays et leurs cultures, et j’ai bien vu que cela ouvre l’esprit. Me revient souvent à la mémoire cette pensée de Baden-Powell (inventeur du scoutisme, 1857-1941) d’une puissance de curiosité :

La vie est courte ; et pourtant les gens en gaspillent une bonne partie en se laissant aller à une vie végétative. Un peu de vagabondage à travers ce monde magnifique pendant qu’ils s’y trouvent, leur donnerait cette ouverture d’esprit et cette disposition amicale qui développent l’âme de la personne et la bonne volonté, et la paix dans le monde.

Alors comment faire par rapport à l’avion ? S’il faut, pour découvrir des cultures et civilisations, regarder des vidéos sur YouTube, c’est quoi le vrai gain ? Je n’ai pas bien trouvé la réponse encore.

En tout cas, cela m’amène à penser de différente façon. Oui, je crois qu’est né un nouveau style de vie.
Dans l’encyclique Laudato si’, le pape parle de ce nouveau « style de vie » (cf. n° 203 et suivants) :

N° 208. Il est toujours possible de développer à nouveau la capacité de sortir de soi vers l’autre. Sans elle, on ne reconnaît pas la valeur propre des autres créatures, on ne se préoccupe pas de protéger quelque chose pour les autres, on n’a pas la capacité de se fixer des limites pour éviter la souffrance ou la détérioration de ce qui nous entoure. L’attitude fondamentale de se transcender, en rompant avec l’isolement de la conscience et l’autoréférentialité, est la racine qui permet toute attention aux autres et à l’environnement, et qui fait naître la réaction morale de prendre en compte l’impact que chaque action et chaque décision personnelle provoquent hors de soi-même. Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société.

Depuis l’encyclique aussi, la figure de saint François naît en moi. Il ne s’agit pas de vivre comme saint François, mais comment vivre de la spiritualité de saint François aujourd’hui ? Dieu lui a dit : « Répare mon Église. » Et il se met à réparer quelques églises locales… Mais, en fait, la vraie demande de Dieu est de créer des lieux de fraternité avec les pauvres et la Création, de la joie et de l’accueil pour réparer son Église. J’ai décidé de me former à la spiritualité franciscaine durant les années 2022-2023 en suivant des cours aux Facultés Loyola Paris.

Signe qu’il le fallait ? Souvent je suis amené à parler de saint François, moi qui suis pradosien. Cela étant, le père Chevrier (fondateur du Prado) était du tiers-ordre franciscain et il y a des connivences sur certains points entre les deux spiritualités. Pour moi, cela prend la forme d’un nouveau style de pensée. Penser à différents plans possibles. Et puis me dessaisir des choses : parfois faire une heure de route pour peu de chose… à la grâce de Dieu.

Un nouveau regard, une espérance possible, des possibles qui s’ouvrent

Avant, je me disais qu’aller à Fontevraud à vélo (17 km), ce n’était pas possible. Je déclarais que cela n’était pas possible et les autres me le disaient. En fait c’est possible, avec des inconvénients et aussi des avantages, mais c’est possible. Cela me donne à méditer sur le mystère de l’annonciation faite à Marie dans l’Évangile de Luc 1, 26-38. Elle aussi, au début, disait que cela n’était pas possible d’enfanter un Fils, puisqu’elle ne connaissait pas d’homme. Mais la grâce de Dieu transforme parfois certains impossibles humains, même des plus réels. Des impossibles humains, grâce au possible divin, deviennent des possibles humains.

Cela rejoint aussi le mystère de Noël : impossible de commencer dans la fragilité pour les êtres humains. Pour Dieu, c’est possible et même voulu.

Cela rejoint le mystère de Pâques, aussi : dans l’Évangile selon saint Marc, chapitre 16, les femmes se demandaient qui allait rouler la lourde pierre à l’entrée… En fait c’est impossible à leurs yeux. C’est une vraie question matérielle et réelle. Dieu le Père se charge de cette question. Il ressuscite d’abord Jésus, puis des impossibles deviennent possibles ensuite, comme rouler une grosse pierre tombale. Les femmes ne se posent pas la bonne question. Malgré leur dévouement par rapport au corps de Jésus, elles n’espèrent plus un autre possible.

C’est incroyable : pour annoncer l’Évangile, j’ai juste mon agenda, une petite bible (pas la grosse car c’est trop lourd)… Peu de biens, donc. L’essentiel est la disponibilité, les liens, l’action de l’Esprit Saint… Cela me rapproche de la manière de faire de saint François : annoncer et non posséder des biens. C’est bien sûr à articuler.

Re-naturalisation : re-prise de contact avec la Création

Un nouveau contact avec la Création se fait. Cela me permet de reprendre contact avec la nature, de me reconnecter avec elle : les arbres, les oiseaux, la pluie, le vent, la nuit, les étoiles, le soleil… Sentir le vent et les odeurs, être mouillé par l’eau, avoir froid aux mains et partout, voir des fleurs… Aussi, s’arrêter pour dire bonjour à quelqu’un, ou faire un sourire en passant.

Cela nourrit mon désir de reconsidérer les êtres non humains comme des frères et des sœurs. Dans l’encyclique Laudato si’ (n° 221), le pape parle de « fraternité sublime » :

Diverses convictions de notre foi développées au début de cette Encyclique, aident à enrichir le sens de cette conversion, comme la conscience que chaque créature reflète quelque chose de Dieu et a un message à nous enseigner ; ou encore l’assurance que le Christ a assumé en lui-même ce monde matériel et qu’à présent, ressuscité, il habite au fond de chaque être, en l’entourant de son affection comme en le pénétrant de sa lumière ; et aussi la conviction que Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer. Quand on lit dans l’Évangile que Jésus parle des oiseaux, et dit qu’« aucun d’eux n’est oublié au regard de Dieu » (Lc 12, 6) : pourra-t-on encore les maltraiter ou leur faire du mal ? J’invite tous les chrétiens à expliciter cette dimension de leur conversion, en permettant que la force et la lumière de la grâce reçue s’étendent aussi à leur relation avec les autres créatures ainsi qu’avec le monde qui les entoure, et suscitent cette fraternité sublime avec toute la Création, que saint François d’Assise a vécue d’une manière si lumineuse.

Dans une voiture, nous sommes finalement dans une bulle, notre bulle. Il y a aussi des avantages de la voiture : l’autonomie des déplacements et la possibilité d’une longue distance, la radio élargit les pensées et détend par la musique… Si, dans la voiture, nous sommes plusieurs, il y a discussion.

Mais combien de fois je croise des voitures avec des couples dont l’un regarde son portable, avec des enfants scotchés sur leur portable, avec des gens seuls qui jettent un œil en bas… sur le portable encore ? Et puis tu es dans ta bulle. Précieuse à certains moments, enfermante à d’autres. C’est vraiment l’un des défis urgents pour nous : reprendre contact avec la nature, la Création. Certains choix peuvent être grands, mais déjà simplement observer, lever la tête pour regarder, écouter le chant des oiseaux peuvent permettre de grandes avancées. Oui, renouer le contact avec la nature.

Renouer le contact avec la nature, la Création, aide sans doute à renouer le contact avec le Créateur. Je me suis rendu compte aussi que, parfois, je marchais en « rythme machine ». Ce que j’appelle ainsi est le fait qu’une machine, inventée par l’homme, est capable de faire des opérations en quantité et en force qui demanderaient beaucoup d’énergie et de main-d’oeuvre pour nous. Songeons à la puissance de calcul de nos ordinateurs, de nos téléphones portables capables d’envoyer une multitude de messages en peu de temps. Songeons encore à des déplacements au loin en peu de temps, comparativement à la marche à pied.

Le « rythme machine » est donc puissant et bien utile pour nous, les humains. Le problème est que, quand ce rythme machine nous impose son rythme, cela disjoncte en nous. Quand le « rythme machine » entre en nous. Un « rythme machine » n’est pas notre rythme, et alors nous « pétons un câble ». Cela influence notre pensée.

Prenons comme exemple le téléphone portable : au début, il était dans notre sac, puis dans nos poches, puis, chez certains, dans leurs mains tout le temps. Il monte dans nos bras et est dans nos têtes. Nous pensons « portable », rythme du portable, c’est-à-dire que nous pensons « tout et tout de suite ». Se reconnecter à la nature permet de revenir à un rythme humain. Cela donne à penser, vraiment.

© Photographie de Corinne SIMON / Hans Lucas.

Des questions plus ou moins abordées…

  • Quels ont été les médiateurs ? D’où viennent-ils ?
  • Comment aller plus loin dans la relecture encore ?
  • Comment cela entraîne les autres à vivre, à vivre une conversion ?
  • Comment une communauté entre en conversion écologique ?
  • En quoi cette expérience est une occasion de fraternité ?
  • En quoi ce choix facilite la disponibilité auprès des paroissiens ?
  • Qu’est-ce que le père Chevrier (fondateur du Prado) a appris de saint François ?
  • Et toi, et vous : quel est votre récit d’expérience d’écologie intégrale ?

En guise de 1ère conclusion

Je ne cesse de relire les conséquences de ce vendredi 29 janvier 2021. Cela a été une belle source de changement pour moi, de découvertes. Oui, je suis passé à un nouveau style de vie ! Je dirais bien, à mon petit niveau, que je suis passé de la légende du colibri à la prophétie du colivélo, « colivélo » étant une mixture des deux mots « colibri » et « vélo » !

Aujourd’hui, je loue le Seigneur pour ce cheminement. Vraiment je rends grâce à Dieu. Et enthousiaste de découvrir la suite ! Viens, Esprit Saint, continue de me bousculer, c’est rude mais enthousiasmant !

Que Dieu me donne d’accueillir l’Esprit Saint encore et toujours.

Père Laurent

Merci particulier à Yann pour ses beaux et blagueurs dessins.
Merci à Florence Leclair pour sa précise relecture.

Découvrez la suite la semaine prochaine !

Laurent a changé de paroisse et approfondit la réflexion.

Fiche pratique déplacements    Témoignage de l’église évangélique libre d’Alésia

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